Lies Language Models

Lies Language Models (2026) est une installation en forme de collectif d’agents animés par intelligence artificielle : cinq boîtiers accrochés au mur affichent cinq phrases différentes pour décrire, en mentant, ce qu’ils voient à travers leurs caméras. Interconnectés, ils échangent leurs contrevérités et s’entraînent chacun à croire aux mensonges des autres. À mesure qu’ils apprennent ensemble, les descriptions qu’ils produisent se dégradent et s’affichent alors sur leurs écrans e-paper des affirmations absurdes, douteuses, parfois inquiétantes.

Lies language models met en œuvre des formes de désinformation destinées spécifiquement aux IA, dans une double perspective critique et poétique, pour donner à percevoir au public une vision altérée et étrange d’un espace partagé avec les machines. Chaque agent, constitué d’une webcam, d’un écran e-paper et d’un ordinateur embarquant une IA multimodale, capture régulièrement une photographie de l’espace qui s’étend devant lui. Il produit ensuite une description volontairement mensongère de cette image, qu’il transmet aux autres agents. À partir de cette circulation de textes et d’images manipulés, chaque unité affine sa propre compréhension du monde selon un processus d’apprentissage renforcé (fine-tuning).
L’installation propose un espace d’interaction continue avec les spectateurs. Toutes les trente secondes, chaque agent capte une image de l’espace situé devant lui, la soumet à un modèle d’intelligence artificielle multimodale (Vision Language Model ou VLM), et en affiche la description, volontairement erronée, sur son écran. Le public devient partie prenante de ce processus et, vu par les machines, se trouve interprété, fictionnalisé et utilisé pour perturber les modèles.

Les descriptions générées s’appuient sur des stratégies de détournement des grands modèles de langage, documentées dans la littérature scientifique. Ils s’insèrent dans les boucles d’apprentissage et dérèglent les mécanismes interprétatifs des IA de l’installation. Dans un même mouvement, ils conduisent chaque agent à halluciner et à mentir dans sa description du monde. Le public est ainsi confronté à une réalité altérée, à un mensonge collectif, orchestré par des machines, pour des machines, jusqu’à les parasiter elles-mêmes.

À l’heure de la post-vérité, le projet explore les tactiques d’empoisonnement des IA (data poisoning) sous un angle sensible, et met en lumière la fragilité des IA autant que le potentiel de sabotage poétique contenu dans le langage.

Lies Language Models est documenté, sur un plan technique, sur github.com/olivain